Je suis réveillé en plein milieu de la nuit par cette douleur dans la dent, qui me lance de plus en plus fort. Je reste allongé un moment, me concentrant sur la douleur, mais rien à faire, je ne pourrais pas me rendormir si je ne me gave pas une nouvelle fois de médicaments. Je tends le bras vers la gauche, essayant d'atteindre ma lampe de chevet, mais ma main ne rencontre que le vide. Je l'agite un peu plus loin, mais décidément, rien n'y fait. Je me traine lentement vers le bord du lit, et m'y assois. Mes pieds rencontrent le sol, et je sursaute : du carrelage ? Où suis-je ?
J’essaye de me remémorer le lieu où je me suis endormi. Petit à petit, l’image de ma soirée me revient : je suis allé me coucher tôt, abattu par mes cachets antidouleur. Il me semble me souvenir de m’être couché dans ma chambre… De plus, je n’ai du carrelage que dans la salle de bain et la cuisine, et je n’ai pas l’habitude d’y déplacer mon lit… Je me lève, avance doucement, brandissant mes bras devant moi. Il fait tellement noir ! Je ne distingue pas la moindre ombre, le moindre reflet. Au fur et à mesure que j’avance, mon inquiétude augmente. Je ne rencontre pas le moindre mur, je continue de trainer lentement mes pieds sur le carrelage froid.
Après une distance que j’estime être d’une dizaine de mètres au moins, je m’immobilise. Je tourne sur moi-même, essayant de distinguer une quelconque lueur quelque part, mais en vain. Je crie, appelant à l’aide, et ma voix déraille. Mon angoisse grandit encore, mon cœur bat de plus en plus vite. Trop occupé à regarder alentour, je me rends compte que je suis désormais totalement désorienté : je ne sais même plus où se trouve le lit.
Pris d’une panique incontrôlable, gardant les bars étendus devant moi, je marche tout droit dans une direction au hasard. Je marche vite cette fois. J’espère me cogner contre quelque chose, n’importe quoi, qui pourrait me donner un repère, mais rien. Je trébuche tout seul, me relève, continue, crie encore, trébuche de nouveau.
Au bout de quelques minutes, je stoppe une nouvelle fois. Je m’affale. Ma peur se mélange à mon angoisse pour former une colère, dont le poids dans ma poitrine ne cesse d’augmenter. Je ne cris plus, je hurle. Je vocifère tous les jurons qui me passent par la tête. Puis je me ressaisis, et j’avance encore. Puis je craque de nouveau. Je ne saurais pas dire si je me suis réveillé il y a 10 minutes ou 1 heure. Je ne pourrais pas non plus estimer la distance parcourue. 100 mètres ? 1 Kilomètre ? 10 ?
Je m’assois en tailleur, et plonge ma tête dans mes mains. Je tente de me calmer. J’inspire et j’expire profondément plusieurs fois. Je tente de rassembler mes idées, de réunir mes pensées. Je me frotte les yeux, et me relève doucement. Soudain, au loin, je crois voir une lueur. Si faible, si lointaine que je ne saurais dire si ce n’est pas seulement mon imagination qui me joue des tours. Je cours. La lueur s’amplifie. Un spot. Accroché au plafond, à quelques centaines de mètres devant moi. J’approche. J’en distingue déjà un second, un peu plus loin. Je peux déjà distinguer la couleur du sol : grisâtre. Je ne suis plus qu’à une dizaine de mètres du point lumineux, et je me rends compte que la hauteur de plafond est d’au moins une bonne dizaine de mètres.
Et brusquement, lancé à pleine vitesse, mon corps entier percute un obstacle invisible. Je m’affale, la tête en sang, le souffle coupé. Je prends quelques secondes pour reprendre mes esprits. Je me frotte les yeux, essaye d’en évacuer le sang qui coule de mon front. Devant moi, une trainée rouge orne désormais la vitre précédemment immaculée qui se dresse en travers de mon chemin.